Antigone





25 ANS
Il y a tout juste un quart de siècle un nouveau quartier voyait le jour à l'est Vu du ciel , un ovni ! Une gigantesque clé des champs, une allusion à l'église de Todi. Celle d'un champ de manoeuvres transformé en quartier-phare de la ville de Montpellier. Antigone accroche le regard, c'est une évidence. Après 20 ans de gésine, l'ensemble architectural a officiellement été inauguré le 28 mai 1984. Pour son 25 e anniversaire, Midi Libre souffle sur les braises d'une histoire tumultueuse. Celle d'un énorme défi urbanistique longtemps discuté et encore critiqué Il était d'abord un vieux rêve d'expansion... Pour Georges Frêche, alors maire, « depuis 1522, la ville ne bougeait plus vers l'est » . Il fallait donc rééquilibrer et c'est l'architecte catalan, Ricardo Bofill, qui fut, contre vents et marées, en charge de la réalisation de l'oeuvre.Pensé comme un contrepoint au Polygone des années 70, Antigone marque ainsi l'ouverture de la ville vers l'est. C'est un axe piétonnier à l'esprit méditerranéen destiné à unir le centre ancien au Lez sur une immense perspective, ponctuée par des places, articulée sur des boulevards latéraux, et enrichie de deux petits quartiers. Pour Bofill, c'est clair : « Nous voulions récupérer le Lez dans l'écriture de la ville. » Au-delà, il s'agissait de « produire un autre type de ville plus humaine que celle, rationalisée qu'on était en train de construire uniquement pour entasser les hommes les uns sur les autres. » Résultat : un imposant ensemble de style néo classique et, selon Frêche, la « plus grande place construite dans un centre-ville depuis le XIX e siècle ».
Au-delà, Antigone apparaissait doublé d'un pari social puisque la place du Nombre d'Or, emblématique du quartier, a démarré par de l'habitat social de type HLM (3 404 francs le m 2 , à l'époque). Ce n'est qu'ensuite, que de nombreux promoteurs privés, des investisseurs et des financiers sont arrivés. Critiqué pour son austérité, son absence de balcons, de volets et son caractère insulaire, Antigone a toujours été défendue par son concepteur. « Les gens du Sud n'ont jamais aimé la vie au soleil et les balcons sur les façades sont une invention des architectes de gauche qui les considèrent comme un acquis social. L'ennui, c'est que les balcons sont, en général, trop petits pour qu'on puisse y installer une table et des chaises. Il faut réinventer l'architecture méditerranéenne et oublier que nous avons été colonisés par la technologie des gens du Nord. »

Article du journal MIDILIBRE du 19 mai 2009